Les résultats démontrent que la digitalité constitue une composante fondamentale des activités quotidiennes d’apprentissage et de vie dans l’éducation non formelle. Les exemples analysés illustrent parfaitement la manière dont les pratiques en présentiel et numériques se recoupent et s’influencent mutuellement. Cet enchevêtrement peut être compris comme l’expression d’une réalité post-numérique, concept qui, dans la lignée des travaux de Jandrić (2018) et de Brüggen & Rösch (2025), propose de redéfinir la relation entre les formes d’éducation en présentiel et numériques. Cela implique la naissance d’un travail post-numérique avec les jeunes, qui conçoit les environnements éducatifs hybrides non pas comme une exception, mais comme la norme, et qui participe activement à leur conception. La digitalité structure alors les domaines clés de l’éducation non formelle, par exemple à travers l’utilisation de services de messagerie, de sites internet ou de calendriers numériques servant à la coordination et à l’organisation. Dans le même temps, les médias numériques trouvent aussi leur place dans les activités éducatives : des applications, des vidéos ou encore des plateformes interactives viennent enrichir les activités non numériques, créer de nouvelles opportunités d’apprentissage et favoriser de nouvelles formes d’expression créatives. Cette présence des médias numériques développe à la fois des compétences techniques et des capacités de réflexion critique. Les jeunes développent un savoir-faire pratique relatif à l’utilisation des outils numériques, réfléchissent à leur présence sur les réseaux en ligne et échangent avec des professionnels sur des thèmes qui les intéressent, tels que la vie privée, la représentation de la réalité ou la dynamique des réseaux sociaux.
Il apparaît également très clairement que les activités d’éducation non formelle constituent des espaces de compensation essentiels : de nombreux jeunes expriment le besoin de se distancier temporairement de leur présence permanente en ligne et de la pression qui en découle, et recherchent spécifiquement des activités concrètes, physiques et sociales. Les professionnels répondent à ce besoin par la création d’espaces de déconnexion grâce à des temps sans médias numériques ainsi que des activités de groupe et dans des espaces physiques qui permettent aux jeunes de prendre consciemment leurs distances avec le monde numérique.
Une autre observation concerne l’attention particulière que les acteurs du travail avec les jeunes accordent aux défis auxquels ceux-ci, en particulier les plus jeunes ou ceux issus de milieux défavorisés, sont confrontés quotidiennement au monde numérique. Comme le signale Spanhel (2017, p. 4 et suiv.), les « espaces d’apprentissage ouverts et variés » du monde numérique s’accompagnent de contraintes considérables, notamment en matière de capacité à naviguer, de relations interpersonnelles et de stabilité de l’image de soi. Les données indiquent que certains jeunes ne disposent pas (encore) de repères fiables ou de compétences leur permettant de faire preuve d’esprit critique face aux contenus numériques. Cela se traduit généralement par la publication irréfléchie d’informations sensibles, l’appropriation imprudente de contenus générés par des algorithmes ou une sous-estimation des risques existants tels que ceux liés à la protection des données ou au cyberharcèlement. C’est dans ce contexte que le travail de prévention dans l’éducation non formelle revêt toute son importance : s’il ne peut pas assumer une fonction de protection sans faille, il peut néanmoins, grâce à des relations de confiance, des échanges ouverts et des activités éducatives ancrées dans le quotidien, créer des espaces dans lesquels des jeunes aux ressources numériques et sociales limitées peuvent trouver des repères et développer des compétences, et ainsi relever ces nombreux défis du monde numérique. Comme le suggèrent Kutscher et Seelmeyer (2017), le travail avec les jeunes peut ainsi devenir un espace d’apprentissage autonome autour des médias numériques et de renforcement de la résilience psychosociale, en particulier pour les jeunes qui ne bénéficient pas d’un soutien suffisant au sein de leur environnement familial ou institutionnel.