10.2.1 Des pistes de discussion et d’action

Compte tenu de l’imbrication croissante entre les univers numériques et non numériques, il devient évident que des approches dichotomiques et isolées ne tiennent pas suffisamment compte de la réalité sociale des jeunes. Ainsi, le simple temps passé devant un écran ne constitue pas un indicateur suffisant pour déterminer si une utilisation des médias est pesante ou excessive. Il convient plutôt de procéder à un relevé et à une analyse des raisons d’usage, des contenus consultés et des situations dans lesquelles ces usages se déroulent, en tenant compte du contexte et de leur évolution dans le temps afin de pouvoir tirer des conclusions fiables sur les schémas et tendances du comportement numérique des jeunes et d’élaborer des mesures politiques et pédagogiques pertinentes.

Adapter des offres éducatives. La transmission de connaissances et de compétences numériques représente une condition préalable essentielle pour que les jeunes puissent évoluer de manière sûre, réfléchie et avec confiance au sein d’espaces éducatifs hybrides. Il ne s’agit plus seulement de fournir des appareils numériques, mais également de développer et de promouvoir les capacités nécessaires pour utiliser ces outils numériques de manière réfléchie et critique. Les offres éducatives numériques sont utilisées et appréciées de différentes manières : les jeunes familiarisés avec le monde numérique trouvent les méthodes d’apprentissage interactives et didactiques numériques plutôt motivantes et les considèrent comme des approches éducatives en phase avec leur temps ; d’autres au contraire se sentent dépassés en l’absence de structures pédagogiques. Des concepts fondés sur la didactique des médias et sensibles aux différents contextes sont donc indispensables pour tenir compte des conditions individuelles et lutter contre les inégalités sociales. Par ailleurs, l’éducation aux médias numériques ne devrait pas être comprise comme un domaine de compétence réservé aux élèves, mais devrait systématiquement impliquer les enseignants et enseignantes.

L’éducation parentale à l’ère du numérique : offrir des repères dans un environnement riche en tensions. Il est essentiel d’offrir des repères aux parents et aux familles, de les informer et de les accompagner de manière aussi concrète que possible. L’éducation parentale pourrait être renforcée de manière ciblée, par exemple par la mise en place de formations continues faciles d’accès et proches de la pratique portant sur des thèmes numériques. L’identification et l’analyse des multiples tensions qui surgissent au quotidien au sein des familles pourraient également devenir une composante centrale du soutien aux parents. Ces derniers sont souvent tiraillés entre la nécessité de contrôler les activités numériques de leurs enfants et la volonté de faire confiance en leurs capacités. Leur intention est de protéger leurs enfants, mais cela peut restreindre leur participation à des activités en ligne essentielles pour leur vie sociale, leur apprentissage et leurs relations avec leurs pairs. En parallèle, les familles doivent trouver un équilibre entre ces nouvelles formes d’utilisation individuelle des médias et le temps passé en famille. Les membres d’une même famille possèdent parfois des niveaux de compétences numériques très différents, qui peuvent se révéler utile pour relever ces défis. Les parents qui disposent de ressources matérielles ou sociales limitées présentent souvent des compétences numériques moins développées, susceptibles de générer des incertitudes et des tensions.

Le temps, miroir des opportunités et des défis numériques. Le temps permet de mettre parfaitement en évidence la manière dont le quotidien des jeunes a évolué. Les technologies numériques offrent de nouvelles possibilités grâce à la grande variété d’offres disponibles et accessibles à tout moment, touchant à la communication, à la créativité, à l’apprentissage ou encore à la participation. Cependant, certains jeunes prennent également conscience qu’ils peuvent perdre de temps à scroller sur les réseaux sociaux et donc perdre le contrôle de leur temps. La prise de conscience généralisée de ce problème chez les jeunes est essentielle et peut être renforcée de manière ciblée. Les jeunes qui ont déjà développé des stratégies efficaces pour relever ces défis du numérique peuvent apporter une contribution précieuse, par exemple en servant de modèles lors de campagnes de sensibilisation ou en participant à l’élaboration de guides et de programmes relatifs à l’utilisation des médias numériques. De cette manière, d’autres jeunes peuvent découvrir ces modèles positifs de gestion des défis dans une optique d’apprentissage entre pairs. La peur de rater quelque chose (Fear of Missing Out) peut être considérée comme un phénomène quasi universel qui influence la façon dont de nombreux jeunes utilisent les médias numériques. Il convient donc d’aborder cette problématique non seulement au niveau individuel, mais aussi au niveau collectif et sociétal.Vor dem Hintergrund zunehmend verschränkter digitaler und analoger Lebenswelten wird deutlich, dass dichotome und isolierte Betrachtungsweisen nicht weit genug reichen. So ist eine bloße Angabe der Bildschirmzeit wenig aussagekräftig, und Bildschirmzeit allein ist ein unzureichender Indikator für Belastung und exzessiven Medienkonsum. Stattdessen braucht es eine kontextsensitive und längsschnittliche Erfassung und Analyse der Nutzungsmotive, -inhalte und -situationen, um belastbare Aussagen über Muster und Tendenzen im Digitalverhalten junger Menschen treffen zu können und politische und pädagogische Maßnahmen differenziert ansetzen zu können.