10.5 Conclusion

Le Rapport sur la Jeunesse 2025 présente, sur la base de ses études, une série de résultats quant aux espaces de vie en ligne et hors ligne des jeunes au Luxembourg. L’un des constats les plus importants concerne le fait qu’il n’est plus possible de dissocier strictement les espaces numériques des espaces non numériques, puisque ceux-ci sont désormais intimement entremêlés. Cette imbrication fait aujourd’hui partie intégrante de la vie des adolescents et des jeunes adultes. Néanmoins, les activités non numériques conservent leur importance : celles-ci sont complétées par des activités numériques, mais pas remplacées. De ce fait, les environnements de vie des jeunes se sont à la fois transformés et élargis : une multitude de possibilités se présentent à eux, mais de nouveaux défis apparaissent également, notamment en ce qui concerne la gestion du temps, les relations sociales ou encore l’autorégulation.

Les jeunes se retrouvent donc face à une mission et des responsabilités de taille : ils doivent identifier et exploiter ces possibilités, relever ces nouveaux défis tout en minimisant les risques. Bien qu’ils aient en partie connaissance de ces possibilités et de ces risques, surtout les plus jeunes (12 à 16 ans) manquent souvent de stratégies adaptées, efficaces et proactives, ainsi que de structures de soutien adéquates. Les défis auxquels sont confrontés les adolescents et les jeunes adultes ont évolué et se sont en partie accentués au sein de ces environnements de vie hybrides. C’est pourquoi il est impératif de continuer à développer les ressources dont ils disposent.

Les jeunes ont donc besoin de davantage de soutien pour faire face à ces défis. La responsabilité en la matière incombe aux différents groupes d’acteurs qui accompagnent les jeunes au sein de leurs espaces de vie (en mutation) et dans leurs processus de socialisation : leur famille, leurs pairs, les membres du personnel des institutions en lien avec la jeunesse, les responsables politiques ainsi que la société dans son ensemble. Les acteurs médiatiques doivent aussi assumer leurs responsabilités envers les jeunes, car leurs contenus et leurs algorithmes influencent fortement la formation des opinions, l’image de soi et le développement psychosocial.

Il convient par ailleurs de prendre en considération le dilemme qui se pose entre protection et participation, en particulier dans le cas des mineurs : les enfants et les adolescents sont en droit de grandir dans un environnement sûr, cependant, les médias numériques leur offrent aussi de nombreuses possibilités pour poursuivre leurs centres d’intérêt et participer à la vie sociale. Selon la loi, les mineurs constituent un groupe particulièrement vulnérable qui doit être protégé, mais ils doivent également avoir la possibilité de s’exprimer sur l’ensemble des aspects qui touchent à leur vie. Conformément à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, l’État est investi de la mission essentielle de garantir le bien-être des enfants tant dans l’espace non numérique que numérique. Cette mission englobe à la fois la protection et la participation des enfants et des adolescents. Les parents partagent eux aussi cette responsabilité : il est de leur devoir d’assurer une éducation aux médias adaptée à l’âge de leurs enfants et de veiller à leur protection. Il leur revient en outre de trouver le juste équilibre entre protection et participation, étant donné qu’une protection par des règles trop restrictives implique généralement l’exclusion des jeunes de certaines activités sociales.

L’origine sociale ainsi que le genre ont une influence sur le potentiel de développement des jeunes et sur les expériences qu’ils vivent en ligne. Ils peuvent aussi avoir un impact sur les opportunités qui s’offrent à eux et les obstacles qu’ils rencontrent. Ainsi, les inégalités sociales, les contraintes psychosociales et les restrictions en matière de participation sont bien souvent étroitement liées. Pour relever efficacement ces défis, il est indispensable de mettre en place une stratégie globale qui tient compte à parts égales de l’éducation, du soutien social, de l’accompagnement des familles et de la participation sociale.

Dans un monde où les changements, notamment dans le domaine numérique, se succèdent à un rythme effréné et entraînent des transformations profondes dans les processus de socialisation, essayer de réagir rapidement et à court terme à chacun de ces changements ne suffit plus. Il convient plutôt de fournir aux jeunes le « bagage » nécessaire qui leur assurera une transition réussie vers l’âge adulte. L’État joue lui aussi un rôle clé à cet égard : il se doit de fournir les conditions-cadres, les offres de formation et les structures de soutien qui permettront aux jeunes de développer leurs compétences et d’agir de manière autonome et confiante.

Face à l’urgence et à la taille de ces enjeux, il ne faut pas perdre de vue que les ressources qui ont soutenu et accompagné les jeunes jusqu’à présent dans la gestion des défis du monde hors ligne restent essentielles pour leur permettre d’exploiter leur potentiel et de relever avec succès ces nouveaux défis. La transmission de valeurs, la promotion de stratégies de résolution de problèmes, de capacités de réflexion critique, d’une bonne gestion du temps, ainsi que le renforcement de la résilience, de la confiance en soi, du sentiment d’efficacité personnelle et du pouvoir d’agir représentent des étapes clés. Il est également essentiel d’encourager les jeunes à privilégier la qualité plutôt que la quantité dans leurs relations sociales et à ne pas chercher à satisfaire toutes les attentes qui pèsent sur eux. Ce sont là des conditions indispensables pour les accompagner de manière appropriée dans un monde où « en ligne » et « hors ligne » ne constituent plus des réalités séparées.

Enfin, dans ce contexte, il reste de la responsabilité de la recherche de continuer à fournir, grâce à des études ciblées, les fondements nécessaires au traitement des questions en suspens, à l’évaluation des programmes existants et au développement de structures de soutien adaptées.