2.4.2 La jeunesse et la digitalité aujourd’hui

Les approches théoriques classiques de l’adolescence – qu’il s’agisse des tâches de développement, des cultures juvéniles ou des dynamiques de socialisation – doivent être réexaminées à la lumière de la digitalité. Dans cette démarche, il faut distinguer entre « numérisation » (Digitalisierung) et « digitalité » (Digitalität) (Kutscher, 2020) : Alors que la numérisation renvoie avant tout à un processus technique de transposition d’informations analogiques en formats numériques, la notion de « digitalité » désigne les transformations sociales qui en découlent. Elle renvoie notamment à la mise en réseau croissante des personnes, des objets et des informations, ainsi qu’à l’interconnexion entre expériences analogiques et numériques (Schier, 2018). Dans l’esprit des pratiques post numériques (Buch et al., 2025), la distinction entre ce qui est numérique et ce qui ne l’est pas tend à s’effacer de plus en plus, au profit d’un entrelacement et d’une interdépendance entre ces deux sphères (Jandrić & Knox, 2022, p. 784). Les technologies numériques sont alors certes des outils techniques, mais aussi des réalités qui pénètrent profondément les pratiques culturelles, les styles de pensée et les relations de pouvoir (Cramer, 2014, p. 13 ; Ruhrmann & Fuchs, 2020). Dans ce contexte, la digitalité ne doit pas être comprise simplement comme un facteur technologique, mais aussi comme une condition socio culturelle du grandir qui détermine l’environnement dans lequel les jeunes expérimentent et négocient l’identité, la participation et l’appartenance. Dans le même temps, il faut observer que l’accès aux infrastructures et aux compétences numériques est inégalement réparti dans la société, ce qui soulève des questions centrales de participation et d’équité numériques (van Deursen & Helsper, 2015 ; van Dijk, 2005 ; Zillien, 2009).

Le cadre social du grandir

La société dans laquelle grandissent aujourd’hui les jeunes est marquée par de profondes mutations technologiques et socio culturelles. Selon Seemann (2021), on peut identifier trois importantes mutations à l’ère numérique : l’avènement d’internet (vers 1995 2000), l’ascension des « plates-formes » (trad. pers.)5 (vers 2008 2013) et la propagation des grands modèles de langage (vers 2018 2023). Chacun de ces développements a fait naître des interrogations et des défis spécifiques, allant de questions de droit d’auteur et d’appropriation des contenus numériques au contrôle exercé par les plates-formes et les effets aujourd’hui à peine prévisibles de l’IA générative. Il faut noter en outre que ces évolutions n’interviennent pas indépendamment les unes des autres, mais qu’elles se renforcent mutuellement et s’imbriquent dans le quotidien et le vécu des jeunes.

Grandir dans une société de réseaux

Selon Castells (1996), cette transformation correspond à l’émergence d’une société en réseaux, dans laquelle ces derniers constituent la forme centrale d’organisation sociale. Ces réseaux se composent de nœuds (nodes) (par exemple des individus, des institutions, des plates-formes) et, circulant entre eux, de flux (streams) d’informations ou de communication. Interaction sociale, éducation et participation sont de ce fait interconnectées de façon croissante et disponibles selon des modalités numériques, par exemple par le biais de services de messagerie ou de communautés en ligne. Ce changement entraîne un réagencement du temps et de l’espace. Le concept d’espace de flux (space of flows) proposé par Castells décrit une nouvelle structure spatiale dans laquelle la communication, le pouvoir et les relations sociales s’organisent indépendamment de la proximité physique (Castells, 2000, pp. 442 445). Les jeunes évoluent aujourd’hui de façon naturelle dans des espaces numériques transnationaux permettant des interactions et des constructions de l’identité au-delà des distances géographiques. Dans ce mouvement, les effets de réseau produisent une forme de pouvoir : plus il y a de personnes qui se conforment à une norme, plus la pression deviendra forte sur les autres pour qu’elles y adhèrent à leur tour, ce qui amplifie en retour la puissance du réseau (cf. Seemann, 2021, p. 88).

Grandir dans une société de consommation

La vie et la culture quotidiennes des jeunes est sans cesse davantage placée sous le signe du commerce, par exemple par le biais d’équipements et d’offres numériques (applications, smartphones, services de streaming) (Tully, 2019, p. 79). En outre, les pratiques numériques « baignent dans la publicité » (Tully, 2019, p. 84, trad. pers.) : les clics, likes et recherches laissent des traces sous la forme de données à caractère personnel qui peuvent être exploitées commercialement et permettent des déductions sur les besoins, les intérêts et l’historique de consommation de la personne concernée. Les plates-formes en particulier servent à cet égard de nouveau principe de régulation (Seemann, 2021). Ce faisant, le grand nombre d’offres et d’incitations numériques crée un monde permanent de suggestions et de tentations. En ce sens, Zygmunt Bauman (2017) affirme que le pouvoir moderne ne s’exerce pas d’abord par la coercition et la violence, mais bien plutôt par des formes subtiles de séduction et d’orientation des besoins.

Grandir dans une société de singularités

Les jeunes grandissent dans une société où les technologies numériques ne sont pas seulement omniprésentes, mais proposent également des lieux de mise en scène et de recherche de la singularité ; les préférences individuelles, les talents propres à chacun ou les opinions personnelles y sont partagés et évalués au travers d’un réseau mondial qui imprime sa marque sur les dynamiques et les processus sociaux de la construction de l’identité. Reckwitz (2018) décrit cette transformation structurelle comme la transition d’une modernité industrielle, caractérisée par la standardisation et la production de masse, vers une société de la modernité tardive dans laquelle la quête d’unicité et de particularité – que l’auteur appelle « singularisation » – devient une dimension sans cesse plus dominante. Ce développement a de profondes répercussions sur différents domaines de la vie des jeunes, comme la culture, la vie économique, la politique et les relations sociales. Reckwitz montre que dans la société de la modernité tardive, le particulier prime sur le général : l’authenticité, l’individualité et un style de vie original y sont des valeurs désirables, au détriment de l’ordinaire et du normal, qui passent au second plan et sont en partie dénigrés.

Grandir dans une société où la sphère publique subit un changement structurel

Dans une société des réseaux numériques, la sphère publique s’organise de façon croissante au travers de plates-formes numériques, qui ont des modes de fonctionnement et poursuivent des intérêts différents de ceux des médias de masse traditionnels : elles « ignorent […] le rôle productif de la communication journalistique et de la vision programmatique assumée par les anciens médias » (Habermas, 2022, p. 44, trad. pers.), ce qui conduit à une dissolution du rôle de médiation du journalisme professionnel et à des interactions « aux contenus non régulés » entre les utilisateurs de médias (Habermas, 2022, p. 45, trad. pers.). Si ce déplacement permet d’une part une large participation, puisqu’en principe tous les jeunes peuvent produire, publier et commenter des contenus, il comporte cependant, d’autre part, le risque de la constitution de sphères publiques fragmentées dans lesquelles les opinions se renforcent et se rigidifient dans des caisses de résonance pilotées par des algorithmes. À cela s’ajoute le risque de désinformation et de contenus non validés (« fake news », « infox ») ainsi que celui créé par la dynamique des bulles de filtrage décrite par Pariser (2011), qui sont de nature à réduire l’accès à des perspectives variées. De façon concomitante, ce développement a des conséquences ambivalentes quant à la formation des opinions et la participation sociale.

Grandir dans une société de la culture participative

La notion de culture participative (participatory culture) renvoie à un changement fondamental de la manière dont les jeunes éprouvent, utilisent et façonnent les médias (Jenkins et al., 2009). Ils évoluent dans des environnements médiatiques qui autorisent un degré élevé d’interactivité et d’auto efficacité. Cette culture médiatique post-numérique est marquée par une importance accrue de formes de co création active et de créativité collective. La façon dont les jeunes créent leurs propres contenus, interagissent avec d’autres et participent aux discours sociaux s’est profondément modifiée sous l’effet de plates-formes telles que YouTube, TikTok ou Discord, mais aussi des forums de fans ou des communautés de joueurs en ligne. Jenkins souligne en particulier les potentialités liées à un usage productif et participatif des médias. Dans le même temps, c’est le regard sur la jeunesse qui change : grandir aujourd’hui, ce n’est pas seulement évoluer sur des réseaux, mais aussi s’y inscrire activement par exemple par des contributions numériques, des coopérations créatives et des formes d’expression numériques qui ouvrent de nouveaux espaces pour la quête d’identité, la formation et la participation démocratique.

Pratiques d’appropriation et d’adaptation des jeunes face aux enjeux de la société (numérique)

Pour comprendre les attitudes et les usages des jeunes devant les défis et les opportunités de la société numérique – et devant les conditions environnantes décrites ci-dessus –, il est utile de considérer leur comportement et leurs pratiques quotidiennes (Buch et al., 2025). Il s’en dégage des éléments théoriques qui mettent au jour comment et pourquoi les jeunes utilisent les technologies numériques au quotidien, adaptent leurs habitudes et développent de nouvelles pratiques suite aux transformations technologiques.

Doing digitality – La digitalité en tant que pratique quotidienne

Garfinkel (1967) décrit comment les personnes, par leurs interactions quotidiennes avec d’autres personnes, produisent, reflètent et dans le même temps modifient la réalité sociale. Il existe aujourd’hui un large champ théorique portant sur les pratiques sociales, dont Andreas Reckwitz (2003) relève une série de caractéristiques communes. D’une part, les pratiques sociales nécessitent la matérialité du corps humain et des artefacts – les objets dont fait usage toute pratique sociale. D’autre part, chaque pratique sociale possède une logique informelle implicite et donc des connaissances partagées, souvent non explicitées, concernant les routines, les attentes et les significations sous jacentes. Pour comprendre le social, Reckwitz affirme qu’il est nécessaire d’analyser et de comprendre ces deux aspects, à savoir la matérialité et la logique. Les pratiques sociales sont également à prendre en compte pour l’analyse de groupes et de communautés, comme par exemple la famille. Une approche dynamique de la vie familiale, définie par des activités communes, remplace alors une approche statique de la famille conçue comme un groupe de personnes ayant des positions distinctes (Morgan, 2011). C’est ainsi que le « doing family » (« faire famille ») désigne à la fois les pratiques quotidiennes en vue de l’organisation de la famille et la construction d’une identité commune (Jurczyk et al., 2019). De cette manière, la notion du « doing », du « faire », place également l’attention sur les pratiques d’action concrètes dans un contexte numérique quotidien. Elle amène à poser la question suivante : De quelle façon la digitalité est-elle produite, façonnée et vécue ?

Les jeunes en tant que co créateurs du numérique

Conditions structurelles et pratiques individuelles sont étroitement liées et renvoient constamment les unes aux autres, comme le montre Anthony Giddens (1984) dans sa théorie de la structuration. Giddens ne conçoit pas les structures sociales comme des réalités données une fois pour toutes, mais comme des entités en interdépendance avec des actions : les structures permettent et délimitent l’action, tout en étant (re)produites par la répétition régulière de celle-ci. S’agissant de l’usage des médias numériques par les jeunes, cela implique que les adolescents et les jeunes adultes, dans l’espace numérique, évoluent dans un réseau de règles et routines préétablies (scolaires, politiques, familiales) et de logiques de plate-forme préexistantes (par exemple, effets de réseau, pilotage algorithmique, logique quantitative de la reconnaissance), qui prédéterminent leur marge de manœuvre dans l’action. Un concept utile pour cette approche est celui d’« affordance », tel qu’employé par Seemann (2021, p.16), qui la définit comme les « conditions de possibilité de pratiques et de structures inscrites dans une technologie donnée. La technologie a toujours un caractère incitatif, en suggérant une certaine utilisation ou une certaine destination, que l’utilisateur n’est cependant pas forcément obligé d’accepter » (ibid., trad. pers.). Si les technologies numériques rendent probables des utilisations données – par exemple, par la conception d’une interface, des fonctionnalités précises ou des attentes sociales –, elles n’en laissent pas moins des latitudes pour l’appropriation et la réinterprétation. En complément, la notion processuelle d’agency proposée par Emirbayer et Mische (1998) offre une image différenciée de la capacité d’agir de la jeunesse, où l’on peut distinguer trois dimensions : une dimension itérative, faite de routines et d’actions répétées ; une dimension projective, centrée sur les visions prospectives et l’imagination créative ; enfin, une dimension pratico-évaluative, qui comprend les jugements et les décisions situationnelles. Pour l’usage des médias numériques par les jeunes, cela implique que ceux-ci utilisent d’une part les médias numériques de manière routinière (parcourir son fil journalier, utiliser la messagerie, etc.), mais développent d’autre part de nouvelles pratiques ou de nouveaux contenus, par exemple en créant des vidéos ou en utilisant les outils numériques de manière inédite (dimension projective). Dans le même temps, ils ne cessent de prendre des décisions, par exemple dans leur rapport aux conflits, à la visibilité ou à l’affirmation de soi (dimension pratico-évaluative). Ce cadrage théorique permet par conséquent de ne pas décrire les pratiques des médias numériques des jeunes seulement comme adaptation aux normes numériques et sociales, mais aussi de les analyser comme une création autonome dans un environnement de conditionnement structurel. De ce fait, les jeunes entretiennent avec les structures numériques un rapport qui n’est ni de totale dépendance, ni de totale liberté – ils agissent de manière à la fois réfléchie et imbriquée.

En outre, dans une perspective de théorie du sujet (Butler, 1997 ; Scherr, 2020), on pourra se concentrer non seulement sur les actions et les utilisations, mais aussi sur la question de savoir comment les jeunes se constituent comme sujets dans leur rapport aux attentes, normes et attributions sociales. Scherr (2020) souligne que les jeunes façonnent leur image de soi subjective dans un processus actif de négociation avec d’autres – aussi et peut-être surtout dans les espaces numériques où ils se montrent et entrent en relation avec d’autres ou s’en démarquent. Judith Butler (1997) complète cette approche par sa théorie de la performativité. Selon elle, l’identité se forme par des actions répétées et conduites par des normes. Dans le même temps, elle fait appel au concept d’interpellation pour indiquer que la subjectivité se façonne également au travers de rétroactions sociales : les likes, les commentaires et les injonctions des plates-formes fonctionnent comme autant d’approbations ou de désapprobations qui renforcent certaines identités et en marginalisent d’autres. Les jeunes sont ainsi « appelés » à des rôles définis, mais par rapport auxquels ils peuvent se comporter aussi de manière créative. Ainsi, du point de vue de la théorie du sujet également, les pratiques numériques des jeunes peuvent se comprendre comme un élément de leur quête d’identité – comme une négociation entre injonctions sociales, communication technique et médiatique, et formes d’expression personnelles. Les espaces numériques ne sont par conséquent pas seulement des moyens de communication, mais aussi des lieux de subjectivisation soumis néanmoins à des facteurs multiples. À ce stade, il convient de s’interroger à propos d’éléments tels que l’accès aux infrastructures, la participation numérique et la reproduction des inégalités sociales : comment se répartissent les ressources, les compétences, les utilisations et les résultats de l’action dans les environnements numériques ? Et quel est le rapport entre cette répartition avec les dimensions classiques de l’inégalité sociale, telles que l’éducation et la formation, l’origine ou le genre ?

La fracture numérique : inégalités d’accès, d’utilisation et de participation

Les conditions d’accès au domaine numérique et de son utilisation sont aujourd’hui réparties inégalement, ce qui a une incidence considérable sur les possibilités de participation à une société fonctionnant sans cesse davantage en réseau. Cette fracture numérique – parfois désignée par le terme anglais digital divide – est un phénomène complexe qui se manifeste sur différents plans. Van Dijk (2013) distingue ainsi des niveaux distincts de fractionnement numérique, qui vont de la motivation, de l’accès et de l’utilisation des médias numériques aux bénéfices tirés d’usage effectifs.

Fracture numérique de premier niveau : les dimensions de l’accès

Au début de la diffusion des technologies et des médias numériques et de la transformation numérique qui s’en est suivie, le débat sur la fracture numérique portait avant tout sur les inégalités d’accès à l’infrastructure numérique (fracture numérique de premier niveau, First-Level Digital Divide), comme par exemple une connexion stable à internet ou l’équipement matériel nécessaire (Spellerberg, 2021 ; Tichenor et al., 1970). D’un point de vue sociologique, cette thématique était d’autant plus pertinente que les inégalités d’accès aux offres numériques et aux nouveaux moyens d’information et de communication suivaient les démarcations entre statut socio-économique et entre groupes sociaux. Aujourd’hui encore, une bonne partie de la population du monde est exclue de la participation numérique : alors qu’en 2022, internet était utilisé par quelque 5,3 milliards de personnes (soit environ 66 % de la population mondiale), près de 2,7 milliards n’avaient pas d’accès complet à internet (Union internationale des télécommunications, 2022). Ce fossé est particulièrement clair dans les pays à faibles revenus, où seules 26 % des personnes à bas revenus utilisent internet, contre 92 % des personnes aisées (Union internationale des télécommunications, 2022). Les chiffres pour l’Europe affichent un tableau très différent, puisque l’Europe, avec 88 %, présente le taux d’utilisation le plus élevé en comparaison mondiale. Pour le groupe d’âge des 15 – 24 ans, la proportion d’utilisateurs en Europe se monte même à 98 %. À l’échelle mondiale aussi, le groupe des 15 – 24 ans est davantage connecté que les tranches d’âge plus jeunes ou plus âgées (Union internationale des télécommunications, 2022). La « diffusion universelle » de l’accès au numérique, que l’on estime effective lorsque 95 % des personnes d’une population donnée utilisent internet, est aujourd’hui acquise pour ce groupe d’âge dans les pays ayant des économies à hauts revenus ou à revenus moyens supérieurs.

Fracture numérique de deuxième niveau : les modes d’usage

Avec la diffusion croissante des technologies et l’abaissement des barrières à l’accès, notamment par l’extension de l’infrastructure à large bande et la réduction du coût des ordinateurs et des appareils mobiles, l’attention s’est éloignée des inégalités d’accès aux médias numériques pour se porter davantage sur les inégalités dans leur utilisation, également désignées par les termes anglais Second-Level Digital Divide ou Usage Gap (écart d’usage) (Di Maggio et al., 2004 ; Zillien, 2009). Il existe des différences selon les objectifs poursuivis dans l’usage des médias numériques : loisirs, information, interaction sociale, formation et éducation. Comme c’est le cas pour les inégalités d’accès, la recherche montre que les inégalités des modes d’usage peuvent s’expliquer par une disponibilité inégale du capital économique, culturel et social (Bourdieu, 1983). En outre, le niveau de formation, le revenu et les pratiques médiatiques au sein de la famille ou du groupe de pairs influencent fortement les compétences que les jeunes développent. Ils déterminent également les objectifs de l’usage des médias numériques et la confiance avec laquelle ils les utilisent (Pfetsch, 2018 ; Potzel & Dertinger, 2022).

Fracture numérique de troisième niveau : bénéfices et participation

Certains chercheurs se consacrent aujourd’hui à une troisième forme de fracture numérique, nommée en anglais Third-Level Digital Divide ou Utility Gap (écart d’utilité) (Ragnedda, 2017 ; van Deursen & Helsper, 2015), et ses effets sur les chances de vie des jeunes : « Third-level divides […] relate to gaps in individuals’ capacity to translate their internet access and use into favorable offline outcomes » [Les fractures de troisième niveau […] concernent les écarts dans la capacité des individus à mettre en œuvre leur accès à internet et de s’en servir pour obtenir des résultats favorables hors ligne] (van Deursen & Helsper, 2015, p. 13). Cette troisième forme se rapporte à la capacité à traduire l’usage du numérique en avantages concrets dans la « vraie vie », que ce soit pour la formation, les opportunités professionnelles ou la participation sociale. Chaque utilisation ne conduit pas automatiquement à des résultats positifs : même parmi ceux qui disposent d’une infrastructure de qualité, on observe des différences d’utilisation au départ de possibilités numériques similaires – différences qui sont fonction des ressources disponibles, de l’éducation et de la formation, de l’auto-efficacité et du soutien fourni par l’environnement social (Bonfadelli & Meier, 2021).


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    Les plates-formes peuvent se définir comme des infrastructures spécifiques qui ouvrent de nouveaux espaces de possibilités à leurs utilisateurs. Si on peut accéder librement aux plates-formes et les utiliser de façon autonome, il reste qu’en pratique, cette liberté d’accès peut être perçue comme une contrainte, en particulier lorsque les coûts de non-utilisation ont tendance à s’élever. On trouve ici une propriété centrale des plates-formes en tant que principe régulatoire, en ce qu’elles lient liberté d’accès et contrainte structurelle (Seemann 2021).