4.4.3 Consommation de substances

La jeunesse est une période déterminante pour le développement d’un individu. C’est au cours de cette période que les jeunes forgent leur identité et développent leur position vis-à-vis des normes sociales. Cette phase de la vie se caractérise par une quête d’autonomie par rapport à la famille d’origine, par l’importance croissante des relations amicales, ainsi que par une tendance à essayer de nouvelles choses et à remettre en question les normes sociales, voire à les transgresser (Jackson et al., 2012 ; Kelley et al., 2004 ; Leather, 2009 ; Quenzel & Hurrelmann, 2022). Pour une partie des jeunes, cette phase s’accompagne de comportements dits « à risque » (Kelley et al., 2004 ; Leather, 2009 ; Pfeifer & Allen, 2021). Communément, un comportement à risque est défini comme « tout comportement conscient ou inconscient dont les résultats, les effets bénéfiques ou négatifs sur son bien-être physique, économique ou psychosocial, ou sur celui d’autrui, sont perçus comme incertains » (Trimpop, 1994, p. 6, trad. pers.) et concerne, entre autres, la consommation de substances psychoactives.

La consommation de substances psychoactives est un facteur de risque pour un grand nombre de maladies et de problèmes de santé, et ce pour toutes les tranches d’âge (Forouzanfar et al., 2016 ; Marshall, 2014). La consommation de ces substances par les jeunes au cours de leur processus de développement physique, cognitif, émotionnel et social comporte un risque accru de conséquences néfastes pour leur santé.

Les jeunes associent davantage la consommation de substances psychoactives à des effets positifs telles que le fait de vivre de nouvelles expériences, l’intégration sociale et la détente (Heinen, Schobel, Residori, Schulze & Samuel, 2021 ; Nitzko & Seiffge-Krenke, 2009). Par ailleurs, la consommation de substances constitue pour certains jeunes un moyen d’exprimer leur culture (de jeunes) ou leur individualité (Pilkington, 2007).

Cette ambivalence entre les risques à long terme pour la santé et l’amélioration à court terme du bien-être subjectif est caractéristique des jeunes et est liée à leur tâche centrale de développement, qui consiste à élaborer des stratégies leur permettant de se régénérer et de consommer de manière appropriée (Heinen, Schobel, Residori, Schulze & Samuel, 2021 ; Quenzel, 2015 ; Quenzel & Hurrelmann, 2022). Au-delà du développement de valeurs et de pratiques liées aux substances dans le cadre de leur tâche de développement liée à la « régénération », les jeunes recourent également aux substances de manière fonctionnelle, comme un outil leur permettant d’accomplir d’autres tâches de développement ou de surmonter des expériences négatives vécues dans le cadre d’autres tâches de développement (Hackauf & Quenzel, 2020). Si pour la majorité des jeunes, la consommation de substances psychoactives reste marginale, il est important de ne pas perdre de vue cette problématique en raison des conséquences potentielles sur la santé (Heinen, Schobel, Residori, Schulze & Samuel, 2021).

La consommation actuelle de cigarettes et d’alcool ainsi que la prévalence au cours de la vie de la consommation de cannabis chez les jeunes au Luxembourg sont présentées ci-après. La comparaison des pratiques de consommation entre 2019 et 2024 permet de comprendre comment la consommation a évolué à la suite de la pandémie de COVID-19 ainsi que des récentes modifications législatives relatives à la consommation de cannabis9 (Charrier et al., 2024). Les jeunes âgés de 12 à 29 ans ont été interrogés sur le nombre de jours au cours des 30 derniers jours durant lesquels ils avaient consommé de l’alcool, des cigarettes et/ou du cannabis. Ils ont également indiqué le nombre de jours de consommation de cannabis au cours de leur vie. Les réponses ont été dichotomisées, c’est-à-dire divisées en deux groupes : « Aucune consommation » (0 jour de consommation) et « Consommation » (entre 1 à 30 jours de consommation).

Consommation d’alcool

La consommation d’alcool est profondément ancrée culturellement et constitue la substance psychoactive la plus consommée au Luxembourg et dans de nombreux autres pays du continent européen (Bureau régional de l’OMS pour l’Europe, 2025). La consommation d’alcool au cours de l’adolescence est particulièrement préoccupante. Une exposition précoce à cette substance augmente le risque de consommation abusive à l’âge adulte et est associée à des troubles physiques et fonctionnels au niveau du cerveau (p. ex. en matière de capacités d’apprentissage) (Grant et al., 2001 ; Lees et al., 2020 ; Spear, 2018).

Du fait de ces risques, la vente d’alcool aux jeunes de moins de 16 ans est interdite par la loi au Luxembourg. Cette restriction légale explique en partie pourquoi la proportion de jeunes âgés de 12 à 15 ans ayant consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours est nettement inférieure à celle des autres tranches d’âge (cf. fig. 4.33). La législation qui vise à protéger les jeunes des risques liés à la consommation d’alcool est cependant plus restrictive dans la plupart des autres États membres de l’UE, où l’âge légal pour acheter de l’alcool est généralement fixé à 18 ans (Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, 2018). L’adaptation de la législation prévue à cet effet par le Plan d’Action Luxembourgeois contre le Mésusage de l’Alcool (PALMA) 2020-2024 n’a pas encore été mise en œuvre (Ministère de la Santé & PALMA, 2020).

Au total, environ la moitié des jeunes âgés de 12 à 29 ans au Luxembourg déclarent avoir consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours. Des divergences existent en fonction de l’âge, du sexe et de l’origine migratoire (cf. fig. 4.33 et tableaux détaillés) : près de deux tiers des jeunes adultes âgés de 21 à 29 ans indiquent avoir consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours. Ce pourcentage est bien plus faible chez les adolescents : il atteint 6 % chez les 12 – 15 ans et environ 45 % chez les 16 – 20 ans. Les jeunes hommes interrogés sont légèrement plus nombreux (environ 51 %) que les jeunes femmes interrogées (47 %) à déclarer avoir consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours. Il apparaît par ailleurs que les personnes sans origine migratoire sont plus nombreuses (environ 58 %) à déclarer avoir consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours que les personnes d’origine migratoire.

Bien que la présente étude n’ait révélé aucune différence en fonction du SSE subjectif, le Rapport sur la Jeunesse 2020 a montré que la prévalence de la consommation d’alcool est plus élevée chez les jeunes aux ressources financières importantes que chez ceux aux ressources financières plus limitées (Heinen, Schobel, Residori, Schulze & Samuel, 2021). Cela pourrait refléter ce que l’on appelle le « paradoxe des méfaits de l’alcool » (Alcohol Harm Paradox) (Boyd et al., 2022). Ce paradoxe décrit le fait que les groupes défavorisés sont plus souvent touchés par des conséquences négatives liées à l’alcool que les groupes favorisés, alors même que leur consommation moyenne d’alcool est inférieure à celle des groupes favorisés (Legleye et al., 2024).

La proportion de jeunes âgés de 16 à 29 ans déclarant avoir consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours a diminué entre 2019 (69,5 %) et 2024 (59,8 %) (cf. fig. 4.34). Cette tendance à la baisse de la consommation d’alcool est similaire chez tous les groupes de population. Cette consommation réduite d’alcool chez les jeunes adultes a été observée au Luxembourg ainsi qu’à l’étranger peu après la pandémie de COVID-19 et semble depuis s’être stabilisée (Bulut et al., 2022 ; Zolopa et al., 2022). Celle-ci ne constitue toutefois pas un phénomène entièrement nouveau et n’est pas exclusivement associée à la pandémie de COVID-19. Elle s’inscrit dans la continuité d’une tendance que l’étude HBSC au Luxembourg observe déjà depuis 2010 (Health Behaviour in School-aged Children Luxembourg Study, 2023a).

La prévalence de la consommation d’alcool chez les jeunes âgés de 12 à 20 ans décrite ici semble légèrement inférieure à celle constatée par l’étude HBSC de 2022 menée dans les écoles luxembourgeoises (Catunda et al., 2023). La comparaison internationale des données de l’étude HBSC de 2022 indique le nombre de jeunes de 15 ans ayant consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours (Charrier et al., 2024). Le Luxembourg se situe en bas du classement des pays participants. Sa part de jeunes ayant consommé de l’alcool est en outre nettement inférieure à celle de ses pays voisins (cf. fig. 4.35). La moyenne de l’étude HBSC internationale s’élève à 38 % pour les filles et à 36 % pour les garçons. Les résultats indiquent par ailleurs que le Luxembourg ne suit pas la tendance de consommation spécifique au sexe observée ailleurs, mais que la consommation moyenne d’alcool chez les filles au Luxembourg est inférieure à celle des garçons.

Consommation de tabac

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la région européenne enregistre le taux de tabagisme le plus élevé au monde. Le Luxembourg se situe légèrement en dessous de la moyenne des pays de cette région (Bureau régional de l’OMS pour l’Europe, 2025). Parallèlement, l’étude Charge Mondiale de la Morbidité 2021 (Global Burden of Disease 2021) identifie le tabagisme comme le second facteur de risque le plus important, après l’hypertension artérielle, en matière d’années de vie en bonne santé perdues (Espérance de vie corrigée de l’incapacité – EVCI : Disability-Adjusted Life Years – DALYs) (Institute for Health Metrics and Evaluation & University of Washington, 2024).

Ainsi, à l’instar de la plupart des États membres de l’UE, la vente de produits du tabac est interdite par la loi au Luxembourg aux personnes âgées de moins de 18 ans (Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, 2018). Étant donné que les habitudes telles que le tabagisme sont souvent expérimentées et consolidées à l’adolescence, cette phase de la vie est particulièrement décisive pour la lutte contre le tabagisme et la prévention des effets néfastes du tabac sur la santé (Organisation mondiale de la santé, 2021). Depuis le début des années 2010, de nouveaux produits à base de nicotine et de tabac, tels que les cigarettes électroniques, le tabac chauffé et les sachets de nicotine, sont devenus plus populaires, notamment auprès des jeunes (Organisation mondiale de la santé, 2021). Des méta-analyses récentes démontrent cependant que les cigarettes électroniques sont tout aussi nocives pour la santé que les cigarettes traditionnelles et qu’elles entraînent également une dépendance (Glantz et al., 2024).

Au Luxembourg, environ un cinquième des 12 – 29 ans déclarent avoir consommé du tabac sous forme de cigarettes traditionnelles au cours des 30 derniers jours. De fortes différences peuvent être observées en fonction de l’âge et du milieu socio-économique (cf. fig. 4.36) : tandis que plus d’un quart des jeunes adultes âgés de 21 à 29 ans déclarent avoir fumé au cours des 30 derniers jours, ce chiffre tombe à 3 % chez les 12 – 15 ans et à 16 % chez les 16 – 20 ans. Les jeunes dont le statut socio-économique est faible sont plus nombreux (27,5 %) à déclarer avoir fumé au cours des 30 derniers jours que les jeunes dont le statut socio-économique est moyen ou élevé.

Dans l’ensemble, la consommation de tabac n’a pas connu de changement chez les jeunes âgés de 16 à 29 ans entre 2019 et 2024. Il est toutefois intéressant de noter que l’analyse de l’évolution entre 2019 et 2024 en fonction du statut socio-économique révèle toutefois qu’une baisse de la consommation de tabac semble se dessiner chez les jeunes issus de milieux socio-économiques modestes, tandis qu’une augmentation s’observe chez les jeunes issus de milieux socio-économiques favorisés (cf. tableaux détaillés). La stabilisation de la consommation de tabac chez les jeunes, telle que constatée à partir des données de l’enquête YSL, ressort également de l’étude HBSC au Luxembourg (Health Behaviour in School-aged Children Luxembourg Study, 2023b). La comparaison internationale des données de l’étude HBSC de 2022 sur la part des personnes fumeuses âgées de 15 ans révèle que le Luxembourg se situe dans la moyenne des pays participants, avec une consommation de tabac proche de la moyenne de 15 % (Charrier et al., 2024).

L’étude HBSC nationale ainsi que l’étude HBSC internationale concluent toutes deux que la consommation de cigarettes électroniques est désormais aussi répandue, voire davantage, que celle des cigarettes traditionnelles chez les jeunes au Luxembourg (Catunda et al., 2023 ; Charrier et al., 2024). Ainsi, selon l’étude HBSC de 2022, la proportion d’élèves qui déclarent avoir consommé des cigarettes électroniques au cours des 30 derniers jours atteint 2,2 % chez les jeunes de 11 à 12 ans, 12,8 % chez les jeunes de 13 à 14 ans, 18,3 % chez les jeunes de 15 à 16 ans et 22,9 % chez les jeunes de 17 à 18 ans (Catunda et al., 2023). La comparaison internationale des données de l’étude HBSC de 2022 sur la part de jeunes âgés de 15 ans qui déclarent avoir consommé des cigarettes électroniques au cours des 30 derniers jours place le Luxembourg au milieu du classement des pays participants (Charrier et al., 2024). Au Luxembourg, 20 % des filles de 15 ans et 14 % des garçons de 15 ans ont rapporté avoir consommé des cigarettes électroniques au cours des 30 derniers jours. Ce chiffre se rapproche de la moyenne des pays participants de l’étude HBSC internationale, laquelle atteint, pour les jeunes de 15 ans, 21 % chez les filles et 18 % chez les garçons (Charrier et al., 2024).

Cette consommation répandue de produits du tabac alternatifs chez les jeunes constitue un grand potentiel de risque pour leur santé (future) et pose des défis de taille à la législation et aux acteurs de la prévention en matière de tabagisme et de ses conséquences sur la santé.

Consommation de cannabis

Le rapport annuel sur les drogues du Point Focal Luxembourgeois de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues conclut : « Cannabis stands out as the most commonly used drug at national level »10 (Berndt et al., 2025, p. 16). La comparaison internationale de la fréquence de consommation de cannabis déclarée par les personnes concernées place le Luxembourg au milieu inférieur du classement des 27 pays européens (Agence de l’Union européenne sur les drogues, 2025). Toutefois, une comparaison internationale de la proportion de résidus de cannabis présents dans les eaux usées de 17 pays européens classe le Luxembourg en quatrième position, ce qui indique que la consommation de cannabis est relativement répandue au Luxembourg (Berndt et al., 2025).

La consommation de cannabis peut notamment provoquer des résultats scolaires plus faibles, des sautes d’humeur, des troubles de la mémoire et de l’attention, ainsi que des symptômes psychiatriques prononcés (Chan et al., 2024 ; Hall et al., 2020 ; Hindley et al., 2020). Des études révèlent que la consommation de cannabis cause plus de dommages aux adolescents qu’aux adultes, notamment car leur développement neurologique n’est pas encore achevé (Albaugh et al., 2021 ; Volkow et al., 2014). Il est par conséquent d’autant plus préoccupant qu’en 2019, la part des consommateurs de cannabis dans la tranche d’âge des 15 – 18 ans était plus élevée que dans celle des 15 – 34 ans ou des 15 – 64 ans (Berndt et al., 2025). Les effets positifs recherchés par les jeunes qui consomment du cannabis sont multiples et vont du plaisir à l’appartenance à un groupe, en passant par l’amélioration du bien-être et la gestion de problèmes (Simons et al., 1998).

En 2023, la loi concernant la vente de substances médicamenteuses et la lutte contre la toxicomanie au Luxembourg11 a été ajustée afin de légaliser la consommation récréative de cannabis. La loi autorise la consommation, la culture ainsi que la possession de cannabis ou de produits dérivés jusqu’à trois grammes par toute personne majeure à son domicile, sous certaines conditions. La distribution de cannabis à des personnes mineures ainsi que la consommation en leur présence restent toutefois interdites et sont passibles de peines d’emprisonnement et/ou d’amendes (Police Grand-Ducale, 2025). Une étude menée par le gouvernement luxembourgeois auprès de personnes majeures deux mois après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi a révélé que 15,9 % des personnes consommant du cannabis avaient consommé pour la première fois après l’entrée en vigueur de la loi. En outre, 4,5 % des personnes consommant du cannabis avaient augmenté leur consommation et 11,2 % estimaient probable qu’elles augmentent leur consommation (Direction de la Santé, 2025). Il est donc indispensable de déterminer si cette modification législative et le débat sociétal qui l’a accompagnée ont entraîné un changement dans la consommation de cannabis chez les jeunes adultes au Luxembourg.

Au Luxembourg, environ 8 % des jeunes âgés de 12 à 29 ans déclarent avoir consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours. Des variations apparaissent toutefois en fonction de l’âge, du milieu socio-économique et du sexe (cf. fig. 4.37) : la proportion de consommateurs de cannabis est, sans surprise, la plus faible au niveau de la tranche d’âge des 12 – 15 ans (1 %), puis augmente progressivement avec l’âge pour atteindre son pic à 13 % chez les 21 – 25 ans, avant de redescendre légèrement. Les jeunes au SSE faible sont plus nombreux (environ 12 %) à indiquer avoir consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours que les jeunes au SSE moyen ou élevé (environ 8 %). En outre, les jeunes hommes interrogés sont plus nombreux (environ 10 %) que les jeunes femmes interrogées (6 %) à indiquer avoir consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours.

La consommation de cannabis chez les jeunes adultes au Luxembourg n’a pas connu de changement significatif entre 2019 et 2024. Seule la tranche d’âge des 16 – 20 ans enregistre une baisse du pourcentage de jeunes adultes déclarant avoir consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours, passant d’environ 13 % en 2019 à 7 % en 2024 (cf. tableaux détaillés). La modification de la loi n’étant entrée en vigueur qu’un an avant la collecte des données de l’enquête YSL 2024, ces résultats ne permettent pas d’exclure que cette réforme législative ainsi que le débat sociétal qui l’accompagne pourraient entraîner des changements à long terme dans la consommation de cannabis chez les jeunes au Luxembourg.

L’étude HBSC internationale permet de situer ces résultats dans un contexte international. Elle prend en compte la consommation de cannabis au cours des 30 derniers jours et analyse également la prévalence au cours de la vie de la consommation de cannabis12 chez les jeunes de 15 ans. La comparaison internationale des données HBSC de 2022 révèle que, dans les deux cas, le Luxembourg affiche des résultats nettement supérieurs à la moyenne des pays participants à l’étude HBSC. Le Luxembourg se classe respectivement cinquième et sixième parmi les pays participants (Charrier et al., 2024). La fig. 4.38 présente la prévalence au cours de la vie de la consommation de cannabis chez les jeunes de 15 ans au Luxembourg par rapport aux pays voisins et à la moyenne des pays participants.

De manière générale, la prévalence des formes traditionnelles de consommation de substances psychoactives chez les jeunes au Luxembourg tend à se stabiliser, voire à diminuer. Toutefois, l’absence de baisse au niveau de la consommation de tabac et de cannabis chez les jeunes ainsi que leur prévalence relativement élevée chez les jeunes au statut socio-économique faible, de même que la popularité rapidement croissante des formes alternatives de consommation de tabac et de nicotine, appellent au maintien et au renforcement des mesures de prévention en place. Ces mesures doivent se fonder sur des preuves scientifiques, être adaptées aux groupes cibles, sensibles aux problématiques liées au sexe, en phase avec le stade de développement des jeunes et éthiquement acceptables, tout en respectant les normes internationales (Charrier et al., 2024). Un suivi continu et approfondi de la consommation et du comportement des jeunes au Luxembourg en matière de substances psychoactives constitue un outil précieux pour identifier les priorités en matière de prévention (de la toxicomanie) et évaluer l’efficacité des mesures mises en place.

Dans la mesure où, comme évoqué précédemment, la consommation de substances psychoactives fait partie intégrante de la tâche centrale du développement qui consiste à élaborer des stratégies de régénération et de consommation et est utilisée comme outil pour accomplir ensuite d’autres tâches de développement. Cela explique pourquoi des approches holistiques et émancipatrices de la prévention (de la toxicomanie) devraient être davantage développées et mises en pratique (Michaelis et al., 2022). Ces initiatives devraient notamment avoir pour objectif de permettre aux jeunes de développer une approche réfléchie vis-à-vis des substances psychoactives, loin de toute souffrance (psychologique), grâce à la transmission de connaissances et à une promotion globale de la santé mentale et de la résilience (Michaelis et al., 2022). Les acteurs de la prévention (de la toxicomanie) devraient en particulier soutenir et accompagner les plus jeunes dans cette démarche (Origer, 2022).

Il convient parallèlement de suivre attentivement les découvertes et évolutions dans le domaine des substances psychoactives et d’adapter la législation existante en conséquence. Des efforts supplémentaires devraient tout particulièrement être déployés afin de réduire la disponibilité, l’attractivité, le risque de dépendance et la toxicité des produits du tabac alternatifs, tels que les cigarettes électroniques, pour les jeunes (Charrier et al., 2024). De même, l’adaptation de la législation prévue par le Plan d’Action Luxembourgeois contre le Mésusage de l’Alcool (PALMA) 2020-2024 qui vise à protéger davantage les jeunes contre la consommation d’alcool pourrait être mise en œuvre (Ministère de la Santé & PALMA, 2020).


  • 9

    Version consolidée applicable au 21/07/2023 : Loi du 19 février 1973 concernant la vente de substances médicamenteuses et la lutte contre la toxicomanie, https://legilux.public.lu/eli/etat/leg/loi/1973/02/19/n1/consolide/20230721.

  • 10

    Traduction : « Le cannabis représente la drogue la plus consommée à l’échelle nationale ».

  • 11

    Version consolidée applicable au 21/07/2023 : Loi du 19 février 1973 concernant la vente de substances médicamenteuses et la lutte contre la toxicomanie, https://legilux.public.lu/eli/etat/leg/loi/1973/02/19/n1/consolide/20230721.

  • 12

    La prévalence au cours de la vie de la consommation de cannabis désigne la part des personnes qui déclarent avoir consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie.