5.3 Compétences numériques : Manipulation, compréhension et création

Après avoir analysé l’accès physique aux appareils numériques et à internet dans la section précédente – un aspect souvent appelé fracture numérique de premier niveau – nous nous tournerons dans cette section vers le niveau suivant. En effet, la recherche montre que seul l’accès aux technologies ne suffit pas à garantir la participation au monde numérique. On observe plutôt des disparités dans les compétences et les usages effectifs du numérique, ce que l’on appelle la fracture numérique de deuxième niveau. (van Dijk, 2020). Même si l’accès au numérique est dans la plupart des cas garanti pour les jeunes au Luxembourg, ce sont leurs compétences numériques qui détermineront dans une large mesure si, et de quelle façon, ils saisiront les opportunités du monde numérique et pourront en maîtriser les défis.

Cette section porte sur les compétences numériques des jeunes. Les débats publics et scientifiques tendent souvent à les considérer comme homogènes au sein de cette génération, en s’appuyant sur l’idée des « digital natives »5. Or, cette vision masque des disparités sociales bien réelles. (Calderón Gómez, 2019).

Nous aborderons donc ici les compétences numériques des jeunes de manière différenciée, afin d’identifier les domaines marqués par les inégalités et les facteurs qui les expliquent. Les compétences numériques sont essentielles à la participation à l’économie et la société modernes. L’accès à ces compétences définit largement dans quelle mesure les jeunes sont en mesure d’exploiter les opportunités technologiques et d’en maîtriser les difficultés. Nous y étudierons les compétences numériques spécifiques existantes, leur diffusion auprès des jeunes au Luxembourg et dans quelle mesure différents groupes sociaux se distinguent quant à leurs compétences et leur rapport au monde numérique.


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    La notion de « digital natives » (« natifs du numérique ») désigne à l’origine les cohortes nées après 1980 environ et qui ont grandi avec les technologies numériques depuis leur plus jeune âge (Prensky, 2001). Cette caractérisation s’applique au sens large à la génération actuelle des 12 à 29 ans, même s’il existe dans ce groupe d’importantes différences touchant aux conditions de socialisation. Alors que les groupes plus âgés (année de naissance comprise entre 1995 – 2005 environ) ont grandi dans un monde en voie de digitalisation, la cohorte la plus jeune (à partir de 2010 environ) fait partie de la génération dite « alpha », socialisée entièrement dans un environnement largement numérisé, structuré en réseau et empreint sans cesse davantage d’IA (Dimock (2019). De ce fait, les termes post-digital natives ou AI natives tendent à se généraliser dans les discussions concernant l’éducation aux médias et les théories pédagogiques afin de prendre en compte un changement de qualité, presque de nature, de la socialisation numérique, marquée par des logiques de plate-forme structurées par les algorithmes, l’intelligence artificielle générative et l’omniprésence des écosystèmes de données (Das [2012] ; Mertala et al. [2024] ; Zaremohzzabieh et al. [2024]).