Bien que le smartphone constitue l’appareil le plus important du quotidien des jeunes, la diversité des appareils numériques (p. ex., tablettes, ordinateurs portables, montres connectées), des domaines dans lesquels ils sont utilisés (p. ex., communication, acquisition de connaissances) et des moments d’utilisation (p. ex., routines matinales, occupation lors de pauses) montre que l’utilisation des médias numériques dépend fortement du contexte. La manière dont les jeunes utilisent les médias numériques et les raisons de cet usage sont ainsi étroitement liées à leur situation personnelle, leur âge, leur éducation et leur appartenance sociale. Une même plateforme (p. ex., WhatsApp) peut avoir des usages très différents, et si Facebook, Snapchat, BeReal ou MyGuichet sont des plateformes numériques clés pour certains jeunes, par exemple pour communiquer avec des amis, suivre les tendances ou effectuer des démarches administratives de manière numérique, elles peuvent ne jouer qu’un rôle mineur, voire inexistant, pour d’autres, en fonction de leur environnement social et de leur âge. La diversité et l’accessibilité des possibilités d’utilisation ont pour effet d’accroître la marge de manœuvre individuelle. Beatriz est un exemple de cette évolution : grâce à des applications d’apprentissage gratuites, elle a pu acquérir des compétences linguistiques, notamment en anglais, qui lui ont permis de se rapprocher du niveau de ses camarades de classe et de rattraper son retard en langues étrangères. Les inégalités sociales s’étendent cependant aussi à l’espace numérique, tous les jeunes n’ayant pas accès aux mêmes ressources financières, techniques et culturelles.
Il devient donc évident que cette notion d’accès doit être affinée et élargie afin de mieux appréhender les inégalités sociales à l’ère du numérique. Affinée, dans la mesure où il apparaît que la plupart des jeunes disposent d’un équipement numérique de base et d’un accès à internet. Toutefois, les différents types d’appareils (p. ex, les imprimantes 3D) ainsi que les toutes dernières versions de ces appareils (p. ex., le dernier iPhone) offrent des possibilités d’utilisation spécifiques auxquelles tous les jeunes n’ont pas accès de la même manière (cf. van Deursen & van Dijk, 2019). Cela crée de ce fait des avantages par rapport aux jeunes du même âge qui ne disposent pas de ces équipements. Ces derniers sont à ce titre porteurs d’un pouvoir symbolique, dans la mesure où ils soulignent et reproduisent des disparités sociales, à l’instar des vêtements de marque ou du style linguistique (Bourdieu, 1983). La notion d’accès doit en outre être élargie de manière à inclure, en plus de l’accès matériel, les aspects liés à la motivation et aux compétences numériques (van Dijk, 2020, p. 14). Ce n’est que lorsque l’on prend en compte ces éléments qu’il apparaît clairement que certains jeunes parviennent, en dépit de conditions de départ défavorables, à tirer parti de façon positive de l’espace numérique grâce à une motivation intrinsèque et ciblée (p. ex., pour atteindre un objectif professionnel, combler des lacunes linguistiques), et ce dans le contexte d’une fracture numérique de troisième niveau (van Dijk, 2020).