Les chapitres précédents ont révélé que les médias et les technologies numériques sont présents dans la quasi-totalité des aspects de la vie des jeunes. L’éducation est aujourd’hui elle aussi indissociable des technologies numériques. Cela se traduit notamment, tant dans les écoles que dans les établissements d’enseignement supérieur, par la mise en place de formats d’enseignement et d’apprentissage hybrides, l’utilisation de plateformes de communication et d’apprentissage en ligne, ainsi que par de nouvelles approches didactiques qui répondent à l’évolution des compétences à acquérir. Les tablettes ainsi que les ordinateurs portables utilisés dans les salles de classe complètent voire remplacent le livre imprimé comme support principal dans de nombreux établissements (Döbeli Honegger, 2016). La transformation numérique a par ailleurs entraîné une mise à jour des programmes scolaires afin de préparer efficacement les jeunes à un avenir ultra-connecté. Les processus d’apprentissage non formels et informels migrent eux aussi toujours plus vers les environnements numériques : des plateformes telles que YouTube et Discord constituent des espaces où les jeunes peuvent acquérir des connaissances de manière autodirigée et en fonction de leurs centres d’intérêt personnels, par exemple par le biais de forums spécialisés, de tutoriels, d’applications d’apprentissage ou encore de jeux vidéo. La digitalité modifie ainsi non seulement les moyens et les supports d’apprentissage, mais également ses formats, ses espaces et les positions des élèves en tant que sujets, c’est-à-dire le rôle et les marges de manœuvre de ceux-ci dans le processus éducatif (Kerres, 2024). Il est par conséquent aujourd’hui admis que la notion d’éducation s’est élargie et qu’elle est plus que jamais marquée par les interactions sociales en réseau, les centres d’intérêt individuels et l’autogestion.
Ces innovations offrent aux jeunes de nouvelles possibilités en termes d’éducation et d’action : elles leur permettent d’accéder à tout moment et n’importe où à des connaissances en réseau allant au-delà du contenu scolaire classique. Cela s’accompagne toutefois aussi de nouveaux défis : tous les jeunes ne profitent vraisemblablement pas de ces nouvelles possibilités dans la même mesure. En effet, des études démontrent que les inégalités sociales et éducatives existantes tendent à se perpétuer dans le monde numérique (Fraillon et al., 2020 ; Hadjar & Fischbach, 2021 ; Hargittai & Hinnant, 2008 ; van Dijk, 2020). Les inégalités d’accès aux équipements numériques, le manque de soutien familial ou institutionnel ainsi que les différences de niveaux de compétences en matière de médias peuvent notamment conduire à la marginalisation de certains groupes de jeunes. La fracture numérique (digital divide) n’est donc pas uniquement imputable à un accès inégal aux technologies, mais également à la capacité à les utiliser de manière pertinente et productive dans le cadre de processus éducatifs (van Dijk, 2020). Dans ce contexte, il devient impératif de mettre en place des cadres éducatifs qui abordent explicitement ces inégalités initiales afin de garantir une égalité des chances en matière de participation numérique.
Dans ce contexte, le présent chapitre analyse la manière dont les jeunes appréhendent, vivent et contribuent de manière active à façonner l’éducation dans un contexte marqué par la digitalité. Celui-ci se concentre notamment sur leur expérience avec les médias numériques dans différents contextes éducatifs, en particulier à l’école, mais également dans l’enseignement supérieur et dans le domaine de l’éducation non formelle. Ce chapitre étudie également le rôle que jouent les technologies numériques dans le développement personnel des jeunes, en dehors des espaces d’apprentissage institutionnalisés, c’est-à-dire dans leur temps libre personnel.