9.4.1 Équipement en technologies numériques : Valeurs, ressources et normes sociales

Die digitale Ausstattung der Familien, die an der qualitativen Studie teilgenommen haben, variiert erheblich. Die Studienergebnisse deuten darauf hin, dass drei Faktoren bei der Beschaffung von digitalen Geräten eine besonders wichtige Rolle spielen: subjektive Motive, materielle Ressourcen und externe Faktoren.

Le niveau d’équipement numérique des familles ayant participé à l’étude qualitative varie considérablement. Les résultats de l’étude indiquent que les trois aspects suivants jouent un rôle majeur dans le processus d’acquisition d’appareils numériques : les motivations subjectives, les ressources matérielles et les facteurs externes.

Luc, âgé de 17 ans, possède plusieurs appareils numériques, dont un smartphone, une tablette, un ordinateur portable, un ordinateur de bureau ainsi qu’une montre connectée. Sa famille dispose également d’une console de jeux commune, que se partagent tous les membres de la famille. Ses deux frères et sœurs plus jeunes de même que ses parents possèdent eux aussi leurs propres appareils, qu’ils utilisent à de multiples fins. Lors de l’entretien, son père explique à quel point ces appareils sont importants pour les différents membres de la famille, que ce soit pour communiquer, pour étudier ou pour leurs nombreuses activités de loisirs, que les médias numériques viennent compléter ou faciliter. Cela suggère que l’éducation aux médias ainsi que la participation numérique occupent une place importante au sein de la famille. Malgré des ressources financières moyennes, les appareils numériques dont elle dispose sont nombreux, car ceux-ci ne sont ni les plus récents ni les plus chers du marché.

A contrario, Jack (18 ans) est l’un des rares jeunes de l’échantillon à avoir un accès relativement limité aux appareils numériques. Il ne possède qu’un smartphone et une console de jeux. Ses parents détiennent chacun un smartphone et sa mère possède en outre une tablette et une montre connectée qui lui ont été offertes. Cependant, Jack n’utilise pas la tablette de sa mère pour effectuer ses devoirs scolaires numériques. Il trouve que l’iPad n’est pas adapté à ce type de travail et préfère utiliser son smartphone ou, si nécessaire, un ordinateur de l’école. Au cours de son entretien, le jeune homme exprime son souhait de longue date de posséder un ordinateur Mac, que sa famille ne peut toutefois pas se permettre, en raison des ressources financières limitées de ses parents. Cet exemple montre comment les inégalités matérielles peuvent influencer l’accès aux médias numériques ainsi que la manière dont ils sont utilisés, tant en matière d’équipement (si le nombre d’appareils disponibles est relativement faible) que de fonctionnalité (si les appareils disponibles ne sont pas considérés comme adaptés pour les devoirs scolaires).

Lena (17 ans) ne possède, à l’instar de Jack, que peu d’appareils numériques. Elle ne détient qu’un smartphone, hérité de sa mère, et l’iPad de l’école. Contrairement à la famille de Jack, l’acquisition d’appareils numériques dans la famille de Lena n’est pas limitée par les ressources financières, mais est guidée par la question de leur nécessité. La famille se partage une tablette, un ordinateur portable, un ordinateur de bureau ainsi qu’une liseuse. L’adolescente ne juge pas nécessaire de posséder d’autres appareils. La mère et la fille estiment être chanceuses de pouvoir s’offrir les appareils numériques qu’elles souhaitent :

Lena : […] J’ai un téléphone portable, j’ai aussi un iPad, j’ai tout. Mère : Oui, je dirais que nos enfants ont… Lena : De la chance. Mère : … De la chance. Oui. Je pense qu’ils en
ont conscience. Ils sont reconnaissants. Famille de Lena, 17 ans

Dans cette famille, l’équipement restreint en appareils numériques est moins dû à des contraintes matérielles qu’à un choix de consommation délibéré, fondé sur des valeurs et des principes durables et réfléchis.

Les entretiens indiquent que des directives et des normes externes interviennent également dans le processus d’achat d’appareils numériques, au même titre que les convictions personnelles et les ressources disponibles. Les parents de Mia (13 ans) prévoyaient par exemple de ne pas acheter d’appareils numériques à leur fille aussi longtemps que possible. Mia a toutefois fini par recevoir son iPad à l’âge de neuf ans, soit bien plus tôt que ses parents ne l’auraient souhaité, car un appareil numérique était devenu indispensable pour de nombreux devoirs scolaires ainsi que pour la communication avec son école.

De même, dans les familles interrogées, la décision d’acheter un premier téléphone portable à leurs enfants est le résultat d’une décision mûrement réfléchie, qui tient compte des avantages et des inconvénients pour les jeunes. Certains jeunes possédaient déjà des tablettes numériques (pour enfants) avant leur premier téléphone portable ou avaient la possibilité d’utiliser les tablettes ou le téléphone portable de leurs parents à la maison. Pour de nombreuses familles interrogées, le passage dans l’enseignement secondaire constitue une phase de transition au cours de laquelle le téléphone portable accompagne l’acquisition d’une autonomie croissante. Le téléphone portable a alors pour objectif de permettre aux parents et aux jeunes de continuer à communiquer malgré la distance géographique ou les contraintes de temps (cf. Chapitre 6).

Afin que les enfants puissent se familiariser avec l’utilisation du téléphone portable avant leur passage dans l’enseignement secondaire, beaucoup le reçoivent un an, voire deux ans en amont, c’est-à-dire pendant leur période d’école fondamentale. Les entretiens avec les familles font apparaître une opinion récurrente : si l’achat d’un téléphone portable est en principe approuvé et soutenu, de nombreux parents estiment que ce premier téléphone n’a pas besoin de correspondre au tout dernier modèle du marché. Quelques jeunes racontent que leur premier téléphone portable était un téléphone à clapet robuste, qui ne disposait que des fonctions de communication les plus élémentaires, ou qu’il s’agissait de l’ancien téléphone portable de leurs parents, un appareil dont l’endommagement éventuel aurait été moins grave.

Emma (18 ans) n’a reçu son premier véritable smartphone qu’à l’âge de 14 ans, ce qui est relativement tard par rapport aux autres jeunes de l’échantillon. Ses parents lui avaient acheté un ancien « téléphone à clapet » pour sa première année dans l’enseignement secondaire, mais celui-ci avait fait l’objet de remarques de la part des autres élèves de son école. Les attentes existantes au sein des groupes de jeunes quant au type de smartphone que ceux-ci devraient posséder les poussent à se procurer un appareil correspondant afin de s’intégrer et exercent une pression sur les parents pour qu’ils fournissent les ressources financières nécessaires à cet achat.

Je crois que j’ai eu mon premier portable à 14 ans. J’étais alors en… en 6e, oui, je venais d’entrer en classe de 6e. Enfin, quand j’étais aussi en 7e et j’ai reçu un portable à clapet. Malheureusement, ça n’a pas été très bien vu à l’école, par mes amis, enfin, dans la classe et puis je suis partie en colonie et j’ai reçu mon téléphone portable pour pouvoir quand même les joindre [mes parents]. Emma, 18 ans

Toutes les familles interrogées semblent partager certaines similitudes en matière d’équipement numérique. Le smartphone constitue ainsi un élément incontournable dans les familles : tous les jeunes ainsi que leurs parents possèdent un smartphone, même s’ils ne l’utilisent pas toujours de manière intensive (cf. Chapitres 5 et 6). En outre, il apparaît que toutes les familles interrogées possèdent une télévision, une seule toutefois, qui se trouve généralement dans une pièce commune. Aucun des jeunes interrogés n’a déclaré avoir sa propre télévision dans sa chambre. Chaque famille possède également au moins une tablette ou un ordinateur de bureau que les jeunes peuvent utiliser s’ils ne disposent pas d’un iPad scolaire, ou de leur propre tablette ou ordinateur.

Il apparaît dans cette section que l’équipement en appareils numériques est mûrement réfléchi par les familles, les ressources, les motivations subjectives et les normes sociales implicites exerçant une influence significative sur la décision d’acheter un certain appareil à un moment donné.