L’analyse de l’utilisation des contenus par les jeunes montre à quel point les contenus numériques représentent bien davantage que de simples médias consommés ; ceux-ci constituent en effet un terrain central de socialisation et de négociation de l’identité. La frontière entre producteurs et consommateurs se révèle floue, caractéristique de la culture participative décrite par Jenkins (2009). Dans cet espace, les médias numériques servent à développer son potentiel créatif et à participer au sein de communautés où l’appartenance et le statut, formes de capital social et culturel (Bourdieu, 1986), sont négociés par le biais d’une participation active.
Cela se manifeste de manière frappante dans le rapport des jeunes aux actualités. Le fait de se détourner des sources institutionnelles au profit de personnes perçues subjectivement comme authentiques ne traduit pas uniquement l’expression d’une certaine méfiance, mais est également une conséquence de cette logique participative. Pour certains, l’authenticité est devenue une valeur plus importante que l’objectivité reconnue par des institutions. Parallèlement, cela révèle l’ambivalence principale de la socialisation numérique : l’épanouissement créatif et la recherche de liens authentiques sont en tension constante avec la pression liée à l’optimisation de l’image de soi et les risques liés à la désinformation.
Enfin, la diversité des modes d’usage renvoie à une inégalité d’utilisation persistante (fracture numérique de second niveau) (van Dijk, 2020). Il est ici moins question de l’accès aux médias numériques que de la capacité à les évaluer de manière critique, à les utiliser de manière créative et à naviguer à travers les dynamiques sociales qui les sous-tendent. La capacité à faire la distinction, au sein de cet environnement complexe, entre l’autonomisation participative et la consommation irréfléchie constitue désormais une compétence clé dans le processus de maturation numérique.