Des études indiquent que les jeunes semblent plus préoccupés par leur sécurité personnelle que les personnes plus âgées, mais moins par les évolutions sociétales (Randle et al., 2017). Un lien apparaît entre ces craintes et la santé mentale. Des méta-analyses récentes révèlent que ce lien est davantage marqué chez les jeunes, mais qu’il s’atténue avec l’âge (Randle et al., 2017 ; Vîslă et al., 2022). Cela démontre l’importance de prendre en considération les préoccupations et craintes des jeunes et de les prendre au sérieux.
Afin d’identifier leurs préoccupations et leurs craintes, les jeunes âgés de 12 à 29 ans ont été invités, dans le cadre de l’enquête YSL, à indiquer lesquels des onze domaines2 proposés leur font peur. La possibilité de donner plusieurs réponses sans limitation leur permettait d’indiquer toutes les craintes pertinentes (Residori et al., 2025).
Les réponses obtenues indiquent que les préoccupations et les craintes des jeunes âgés de 12 à 29 ans en 2024 reflètent les développements sociétaux et politiques actuels au Luxembourg et en Europe. La crainte d’une guerre en Europe occupe, avec un net écart, la première place : environ quatre jeunes sur cinq (79 %) déclarent que cela les préoccupe (cf. fig. 4.1).
Suivent de près les craintes liées à une maladie grave, à la pollution de l’environnement, à une mauvaise situation économique, au changement climatique et aux attentats terroristes. Environ trois quarts des jeunes adultes expriment des craintes dans chacun de ces domaines.
Les craintes concernant la perte d’emploi, la violence, le vol et la xénophobie sont légèrement moins prononcées, mais restent néanmoins significatives dans la mesure où un peu plus de la moitié des jeunes les partagent. Les craintes liées à l’immigration occupent la dernière place du classement, loin derrière les autres : seul environ un jeune sur trois ressent ces craintes.
Ces résultats mettent donc clairement en évidence que les événements géopolitiques actuels et leurs conséquences économiques et sociales influencent considérablement les craintes des jeunes au Luxembourg.
L’analyse de l’évolution des craintes des jeunes entre 2019 et 2024 montre en premier lieu que les jeunes âgés de 16 à 29 ans se montrent globalement plus inquiets en 2024 qu’en 2019 (cf. fig. 4.2). La proportion des jeunes adultes qui se déclarent inquiets quant à une guerre en Europe, au vol, à la violence, à une mauvaise situation économique et à l’immigration a augmenté. Les hausses les plus importantes concernent les jeunes adultes qui déclarent craindre une guerre en Europe (de 65,3 % à 80,6 %) ainsi que ceux qui redoutent un vol (de 40,2 % à 55,4 %). Les chiffres ont par ailleurs reculé dans deux autres domaines (la pollution de l’environnement et le changement climatique) au cours de la période étudiée: la proportion de jeunes adultes déclarant que la pollution de l’environnement leur fait peur (de 87,5 % à 77,3 %) et celle des jeunes inquiets face au changement climatique (de 83,1 % à 74,5 %) ont toutes deux diminué.
Il semble dès lors que, par rapport à l’année 2019, les craintes relatives à une guerre en Europe, à une situation économique défavorable et à la sécurité personnelle aient pris de l’ampleur. Cette évolution pourrait s’expliquer par les développements géopolitiques actuels, en particulier la guerre en Ukraine et le conflit au Proche-Orient, ainsi que par la crise énergétique qui en découle et ses conséquences économiques. Ces nouvelles préoccupations sont désormais prédominantes, au même titre que les craintes persistantes relatives au climat et à l’environnement.
En revanche, aucun changement majeur ne se dessine dans le bas du classement par rapport à 2019. En effet, les craintes liées à l’immigration, à la xénophobie, aux vols et à la perte d’emploi sont restées stables en bas du classement au cours de la période analysée, bien que des hausses aient été observées dans certains domaines.3
Afin de situer ces résultats à l’échelle internationale, ces derniers sont analysés à la lumière des résultats de l’étude de Shell présentés dans la fig. 4.3. Dans le cadre de cette étude sur la jeunesse, des jeunes âgés de 12 à 25 ans en Allemagne ont été interrogés sur leurs craintes, à l’instar de l’enquête jeunesse Luxembourg (Youth Survey Luxembourg) (Albert et al., 2024). Bien que les résultats ne soient pas tout à fait comparables en raison des différences dans l’âge des personnes interrogées, certaines tendances générales peuvent néanmoins être observées qui mettent en évidence l’influence du contexte national. En Allemagne également, les craintes liées à une guerre en Europe ainsi qu’à la situation économique ont connu une nette augmentation entre 2019 et 2024. Les préoccupations relatives à la pollution de l’environnement ont quant à elles diminué. Contrairement au Luxembourg, les craintes liées aux vols et à la violence n’ont pas enregistré de hausse en Allemagne. Il est intéressant de noter que les craintes en matière de xénophobie sont largement moins prononcées au Luxembourg qu’en Allemagne, tandis que l’immigration arrive en dernière place des craintes dans les deux pays.
L’enquête Eurobaromètre jeunesse 2024 (Youth Survey 2024) menée par l’UE a invité les jeunes à indiquer les trois priorités que l’UE devrait se fixer pour les cinq prochaines années (Ipsos European Public Affairs, 2025). La comparaison des résultats de l’enquête au Luxembourg avec la moyenne de celle de l’UE présentée dans la fig. 4.4 montre notamment que les jeunes au Luxembourg sont plus nombreux à citer la construction de logements (LU 31 %, UE 23 %) comme une priorité politique (d’action) souhaitable. Il ressort également que les jeunes au Luxembourg mentionnent moins fréquemment que la moyenne européenne certains aspects économiques tels que la hausse des prix ou la situation économique.
En conclusion, il apparaît que les jeunes perçoivent les évolutions sociétales actuelles et qu’ils les prennent au sérieux.
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Les onze domaines proposés comprenaient les suivants : la pollution de l’environnement ; le déclenchement d’une guerre en Europe ; le fait d’être menacé ou frappé ; les attentats terroristes ; la perte de l’emploi ; la xénophobie ; le fait de souffrir d’une maladie grave ; le fait de se faire voler ; une mauvaise situation économique ; l’immigration et le changement climatique (Albert et al., 2011 ; Residori et al., 2025).
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Les évolutions observées entre 2019 et 2024 ne se sont pas manifestées de manière uniforme sur l’ensemble de la période étudiée. Tandis que le classement des craintes s’est sensiblement transformé entre 2021 et 2024, la pandémie de COVID-19 n’a pour sa part que très peu influencé le classement des domaines qui inquiètent les jeunes. En 2019, 2020 et 2021, les maladies graves, le changement climatique ainsi que la pollution de l’environnement arrivaient en tête des craintes les plus fortes (Heinen et al., 2022). Dans l’ensemble, une baisse du nombre de jeunes déclarant que les différents domaines (8 sur 11) leur font peur a été observée entre 2019 et 2021. Cependant, la hausse enregistrée entre 2021 et 2024 est telle que la proportion de jeunes adultes inquiets est désormais nettement plus élevée qu’avant cette baisse.